Histoire, anecdotes, patrimoine, on vous livre tout sur Orbec...

Sa situation en contrebas du plateau du Lieuvin, sur un versant orienté au sud et à l'ouest, au milieu de vastes forêts giboyeuses offrait un cadre idéal à l'implantation d'un peuplement qui sut profiter de la fertilité du fond de deux vallées et de l'affleurement de matériaux de construction faciles à extraire (calcaire marneux, silex, grès, poudingue).
Orbec, au nom viking de « ruisseau des galets » en danois ou de « ruisseau des truites » en norvégien, entre dans l'histoire vers l'an mil quand le domaine est donné par le duc de Normandie Robert Ier à son cousin Gilbert de Brionne.
Le développement d'Orbec sera favorisé par les Ducs de Normandie. La famille d'Orbec, plus connue en Angleterre sous le nom de Clare et de Pembroke, participe au gouvernement anglo-normand jusqu'à l'annexion de la Normandie par le royaume de France en 1204.
Pendant la guerre de Cent Ans, Orbec, pillée, perd son château démantelé par ordre du roi de France Charles V en 1378, mais restaure son hégémonie grâce à sa vicomté, promue en 1583 au rang de bailliage, juridiction noble.
Ce petit parlement avec ressort sur Lisieux et Bernay, attire les lettrés et les nobles qui modèlent la cité en construisant d'imposants hôtels particuliers et en participant au renouveau religieux de la Contre-Réforme avec le rétablissement de l'Hôtel-Dieu Saint-Rémy et les fondations d'un prieuré de Chanoinesses de Saint-Augustin en 1632 et d'un couvent de Capucins en 1644.
Après un temps d'arrêt marqué par la suppression du bailliage à la Révolution française, l'essor industriel du XIXe siècle fait sa fortune. Ses activités – tanneries et draperies depuis le Moyen Age – liées à l'eau et aux moulins, se développent dans le secteur textile (filatures, tissages, rubaneries), et agroalimentaire (cidreries, laiteries et fromageries).
L'accroissement de la population métamorphose la ville. De nouvelles rues sont percées, un nouveau quartier est crée autour de l'Hôtel de Ville, une voie ferrée est construite entre Orbec et Lisieux (fermée en 1966).
Epargné par la dernière guerre, le patrimoine architectural d'Orbec offre dans sa diversité une vision condensée de tout ce qui caractérise l'architecture augeronne à travers les siècles.

En Pays d'Auge, pays de feuillus (chênes et ormes), la construction en pan de bois s'est perfectionnée jusqu'à connaître à la fin du Moyen Age, avec la mise en œuvre de l'encorbellement sur sommiers, un apogée qui lui a permis de concurrencer l'architecture de pierre.
En effet, dans cette période d'intense reconstruction qui succéda aux désastres de la guerre de Cent Ans, l'encorbellement fut inventé pour économiser les bois longs en faisant saillir les poteaux courts des étages, les uns au dessus des autres.
Cet encorbellement offrait tous les avantages – gain de place si besoin, protection des niveaux bas, facilité de montage dans un espace restreint – mais c'est avant tout à la prouesse technique qu'il représentait qu'il doit d'être devenu signe extérieur de richesse et marque d'ostentation. Car loin de l'économie évoquée, il correspondait à une ébauche de matériau, trois pièces de bois horizontales (sablières et entretoise) étant nécessaires là ou une seule suffisait dans une ossature à longs poteaux.
En Normandie, cet apogée a correspondu à la reconstruction générale qui suivit la guerre de Cent Ans et a connu, avec l'encorbellement et le décor sculpté à profusion, des raffinements inégalés.
Dès lors, le pan de bois put répondre sans complexe aux commandes du pouvoir (maison du roi – 12-14 rue de Geôle, maison du lieutenant du bailli d'Evreux – 22-18 rue des Religieuses) et chacun, à la mesure de son rang, de sa fortune, de son activité, enrichit ses façades de sculptures (le Vieux Manoir).
Cependant, la disparition progressive de l'encorbellement, interdit au XVIe siècle dans les grandes villes, puis à l'époque classique, la rigueur de l'ordonnance, la simplification des volumes et la sobriété du décor feront perdre au pan de bois ses lettres de noblesse.
Les maisons les plus modestes continueront à être construites en pan de bois, jusqu'au début du XIXe siècle, mais comme partout ailleurs en France, les demeures les plus nobles seront bâties en pierre (calcaire extrait de la carrière de La Vespière), en brique et en moellon enduit.

L'eau a donné son nom à Orbec, elle a déterminé ses activités.
L'Orbiquet, en raison de son fort débit (source résurgence de 450l/s, classée 4e en France et 1ère pour le Nord de la France) favorisa dès le Moyen Age l'implantation de nombreux moulins : moulins banaux à blé, le Petit Moulin non loin de l'Eglise et le Grand Moulin (aujourd'hui détruit) rue des Moulins ; moulins à tan (pour broyer l'écorce de chêne) aux Ponts de Pierre et de la Madeleine ; moulin à foulon (pour battre et friser les tissus) et moulin à couteaux sur le ruisseau de la Vespière (250l/s) ; moulin à papier (pour déchirer les chiffons) à Beauvoir
Avant de rejoindre l'Orbiquet, le ruisseau de la Vespière divisé en plusieurs canaux traverse la ville. Le long des rues des Osiers, des Religieuses et des Moulins, il alimentait des tanneries, des draperies, des blanchisseries et des teintureries.
Au XIXe siècle, la force hydraulique permit de développer le secteur textile (filature, tissage et rubanerie) relayé à partir de 1900 par les laiteries et fromageries dont la tradition se perpétue encore aujourd'hui avec les Etablissements Lanquetot.

Prolongement naturel de la route de Lisieux qui suit la vallée de l'Orbiquet, la rue Grande forme la colonne vertébrale de la ville.
On y pénètre en laissant sur la gauche l'ancien Couvent des Capucins fondé en 1644 (bâtiment du XVIIe siècle surmonté d'un clocheton) où s'est établie en 1811 l'école Notre-Dame. La chapelle construite en 1824 a été convertie en salle de concert et d'exposition, Salle Debussy.
Dès l'entrée de la rue Grande, le promeneur sera frappé par l'étonnant triptyque composé par le clocher de l'Eglise Notre-Dame et ses deux volets, le campanile de la chapelle de l'Hôtel-Dieu et les façades colorées du Vieux Manoir.
La rue large et rectiligne se rétrécit, barrée par le Vieux Manoir qui tout à coup l'étrangle. La place ainsi formée était occupée jusqu'en 1844 par la halle aux toiles : sur la gauche, n°152, ancien hôtel de France, propriété au XVIIIe siècle d'un avocat, lieutenant particulier du bailliage ; dans l'allée des Pierrettes, maison en pan de bois du milieu du XVe siècle ; n°128, hôtel particulier en brique et pierre construit en 1730 pour François Le Normand du Buchet, conseiller et procureur du roi au bailliage ; n°118, maison de la Prévôté, pan de bois du milieu du XVe siècle dont le fort encorbellement abrite depuis le XVIe siècle l'étal d'un poissonnier. A l'angle, la rue des Champs monte pour rejoindre le rue de Bernay : n°15, maison en pierre et silex du XVe siècle ; n°17-18-20, maisons en pan de bois du XVIe siècle.
Fermant cette première partie de la rue Grande, le Vieux Manoir, musée municipal, a échappé à la démolition qui le menaçait avant la dernière guerre. Construit en 1568 pour un tanneur nommé Le Portier, son encorbellement en très faible saillie file en continu sur trois façades où se déploie à profusion le répertoire ornemental de la Renaissance.
En face, à l'entrée de la rue Guillonnière, la maison natale de Lottin de Laval, romancier, archéologue et peintre orientaliste. Il fut également inventeur d'un procédé de moulage au papier mâché, la Lottinoplastie.
Cette petite rue débouche sur la rue des Religieuses qui, parallèle à la rue Grande, suit un canal du ruisseau de la Vespière : n°22-28, maison du XVe siècle du lieutenant du bailli d'Evreux, dont les poteaux de part et d'autre du passage cocher portent les blasons fleurdelysés du roi de France et de la vicomté (bûchés à la Révolution).
Au-delà du Vieux Manoir, la rue Grande s'élargit à nouveau, dégageant l'emplacement de la halle à la boucherie et au blé, la plus importante (longue de 70 m), qui comprenait à l'étage les salles du bailliage et la mairie. Amoins de 3 mètres de distance, au devant de la Chapelle de l'hôpital, s'élevait la plus petite halle, à la laine et frocs (draps de laine fabriqués dans toute la région).
Des deux côtés de la rue Grande, les maisons en pan de bois, parfois recouvertes d'enduit de plâtre ou d'essentage d'ardoises, côtoient des maisons de briques construites au XIXe siècle : n°112, maison, dont l'avant-solier construit au-dessus du domaine public pour abriter les chalands, a été fermé au XVIIe siècle ; n°101-103, maison à encorbellement à deux étages qui porte la trace de ses fenêtres d'origine, ouvertes au-dessus de chaque croix de Saint-André.
Sur le côté droit, les îlots de maisons sont séparés par des venelles. La première conduit à la rue des Trois Croissants qui rejoint la rue des Moulins : n°26, hôtel de la famille de Chaumont-Quitry, barons d'Orbec et qui habitait le château de Bienfaite. Dans la seconde, la venelle Dossin, une tourelle d'escalier contemporaine du Vieux Manoir doit bientôt être restaurée. Toujours sur la droite, au n°91-95 rue Grande, la maison porte la date de 1616 et les initiales de son commanditaire Charles Perier, apothicaire.
En face, au-dessus de la cour du n°92, une demeure en brique et pierre du XVIIe siècle de la famille Morin de la Neuville surplombe la rue. Un peu plus loin, au n° 84, une maison du XVe siècle présente son pignon à l'angle de la rue de Geôle.
La rue de Geôle monte vers le site du château en passant devant la maison du roi où le vicomte et l'engagiste (percepteur du domaine) résidaient, n°14, logis en pan de bois du XVe siècle prolongé par un porche construit par la famille du Prael de Surville. La rue est bordée d'hôtels particuliers construits au milieu du XVIIIe siècle : n°8 et 10, hôtel d'un conseiller assesseur au bailliage ; n°11, hôtel de la famille de Mailloc des Eteux englobé dans l'école bâtie en 1910 et la perception ; n°24, hôtel de la famille Le Michel de la Chapelle.
A l'opposé de la rue de Geôle, la rue Carnot a été ouverte en 1839 pour faire communiquer la rue Grande avec le nouveau quartier de l'Hôtel de ville loti dans l'enclos de l'ancien couvent des Augustines. Au fond de la place, la silhouette imposante de l'hôtel de ville (achevé en 1847) témoigne du dynamisme de la ville au XIXe siècle, époque où l'accroissement de la population (3 500 hab. en 1845) entraîna une métamorphose. Elle fut réalisée en édifiant des immeubles de brique tout autour de la place desservie par de nouvelles rues, et en perçant les rues de la République, des Canadiens et de l'Aigle, ouvertes pour atteindre les routes de Bernay, Livarot et Montreuil.
Face à l'hôtel de ville, le bâtiment conventuel du prieuré de chanoinesses de Saint-Augustin fondé en 1632 (chapelle, cloître, réfectoire, cellules, dortoir) aménagé dans un jeu de paume du XVIe siècle et converti après la Révolution en collège et halle aux grains, puis en remise et salle de spectacles est devenu le centre culturel d'Orbec. (Inauguré en 1997, il forme un vaste ensemble accueillant salons et expositions, concerts et théâtre (300 places assises), séminaires avec vidéo-projection).
En reprenant la rue Grande, sur la gauche, la rue Saint-rémy parallèle à la rue de Geôle s'enfonce dans le vallon de La Vespière jusqu'à sa source : n°7, maison du XVe siècle habitée aux XVIIe et XVIIIe siècle par des lieutenants généraux du bailliage ; n°15, cour de l'ancienne maison du roi et muraille à contreforts d'un ouvrage annexe du château occupé jusqu'à la Révolution par la geôle du bailliage.
Au pied de la motte de l'ancien château d'Orbec, la rue se rapproche du ruisseau qui franchit la Rigole. Au-delà, la rue passe devant l'entrée de la carrière de La Vespière utilisée comme champignonnière, et invite à une jolie promenade jusqu'au château de la Vespière de la famille du Merle descendant des barons d'Orbec (XIXe siècle), au presbytère joliment baptisé par Marie du Merle « la maison qui riait » (XVIIIe siècle) et à l'église (XVIIIe siècle).
A l'angle de la rue Saint-Rémy et de la rue Grande, se dresse la Chapelle de l'Hôtel-Dieu Saint-Rémy reconstruite au XVe siècle. Le porche est surmonté d'un élégant campanile de la Renaissance (à l'intérieur, bel ensemble de vitraux du XIXe siècle).
A nouveau, la rue Grande se rétrécit : n°64-66 et 52-54, hôtels du XVIIIe siècle des familles Fouques de la Pilette et Vitrouil des Hautières.
Un peu plus loin, débouche la rue du Dr Pellerin prolongement de la rue des Moulins qui conduisait aux moulins établis sur l'Orbiquet (celui du Pont-de-Pierre conserve sa roue) : maisons en pan de bois des XVe et XVIe siècle et maisons du XVIIIe siècle ; au bief du Grand Moulin (détruit) promenade vers le Jardin Public.
De retour rue Grande, en face du n°19, maison à encorbellement du XVe siècle dite de l'Equerre du nom de l'auberge qu'elle abritait au XVIIIe siècle, à l'angle d'une autre maison du XVe siècle s'ouvre la rue des Osiers qui longe un canal du ruisseau de La Vespière venant de la Rigole, aussi appelé le ruisseau des tanneurs : n°10, ancienne tannerie. Du même petit carrefour part la rue du Petit-Four en direction de Montreuil-L'Argillé et L'Aigle : n°7-9, maisons de maîtres-tanneurs du XVIIIe siècle, n°17-25 bel alignement de petites maisons.
En se rapprochant de l'église Notre-Dame, la rue Grande s'élargit : n°7, hôtel dit de Croisy ou le Vieux Logis, ancienne demeure d'un vicomte agrandie au XVIIe siècle par un lieutenant général du bailliage. Son jardin orné d'ifs taillés, inspira à Claude Debussy en visite chez la sœur de son amie Gabrielle Dupont « Jardin sous la pluie ».
L'Eglise Notre-Dame a été reconstruite aux XIVe et XVe siècle en conservant le chœur du XIIIe siècle de l'église primitive. Sa tour massive, qui servit de tour de guet après le démantèlement du château, a été coiffée d'un clocher à l'époque de la Renaissance. La nef et les bas-côtés, couverts de voûtes de bois et éclairés par des fenêtres aux remplages flamboyants, sont séparés par de hautes colonnes sans chapiteau (bel ensemble de vitraux du XVIe siècle). En 1873, elle a subi une importante campagne de restauration dans le style néo-gothique.
Au-delà de l'église, la rue prend le nom de Croix-aux-Lyonnais (autrefois Lionnets en raison des lions des armoiries des barons d'Orbec) : n°3, à l'angle de la rue Ginguant, maison du XVe siècle réaménagée au XVIIe siècle ; n°79, hôtel de Loraille du XVIIe, agrandi au XVIIIe siècle, de la famille Vitrouil des Hautières et de la Surière ; n°60, hôtel du XVIIIe siècle des Le Hure de Cernière. Sur la droite, avant de franchir l'Orbiquet en direction de Vimoutiers, la fromagerie Lanquetot s'est installée dans l'ancien moulin à tan du Pont de la Madeleine.
Tout au long de cette simple traversée, vous vous laisserez surprendre par l'intérêt et la diversité du patrimoine d'Orbec.
Pour en savoir plus consultez le site de la ville d'Orbec :http://orbec.fr/